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Un rêve d’enfant qui tourne au cauchemar

par Jeromec, jeudi 29 juillet 2021, 16:27 (il y a 1745 jours) @ Jeromec

https://www.latribune.ca/actualites/reseau-de-la-sante--un-navire-a-la-derive-selon-la-...

Un rêve d’enfant qui tourne au cauchemar


Lundi matin, six infirmières ont accepté de partager leur détresse aux médias pour briser l’omerta, cette loi du silence tacite planant comme une épée de Damoclès au-dessus de leurs têtes. Six histoires témoignant du naufrage du réseau de la santé qui dure depuis plus de dix ans. Pour ces femmes, une question déchirante revient en boucle depuis plusieurs mois : « sauver ma peau et quitter le navire avant qu’il ne coule, ou rester pour aider les patients et mon équipe qui ont besoin de moi ? »

« Vouloir être infirmière, ça part souvent d’un rêve de petite fille. Moi, toute petite, mon emploi de rêve c’était ce que je fais aujourd’hui : infirmière en obstétrique. Mais mon rêve est en train de tourner au cauchemar », confie Anne-Marie, infirmière en maternité à l’Hôpital Fleurimont depuis sept ans.

Témoigner de leur détresse aux médias n’est pas chose facile pour les infirmières, en particulier lorsque des confrères ou des consœurs de travail se font rencontrer par l’employeur à la suite d’apparitions sur les réseaux sociaux ou dans différents médias, selon le syndicat. Pourtant, lundi matin, six infirmières ont décidé de parler, malgré tout.

« Nos membres ont le courage de dénoncer aujourd’hui parce que c’est devenu invivable. Est-ce d’intérêt public d’annoncer à la population que les soins ne sont plus sécuritaires, que l’avenir du réseau est compromis ? Tout à fait, c’est notre devoir envers nos patients, envers la population. Nos membres sont au service des patients, pas au sacrifice de l’État », exprime Stéphanie Goulet, vice-présidente relations de travail de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ).

Manon, infirmière de nuit en maternité à l’hôpital Fleurimont depuis vingt ans

L’aide à l’allaitement bâclé, retards pour les interventions (césariennes, inductions), services réduits pour les nouvelles mères, Manon dit expérimenter le fléau du temps supplémentaire obligatoire depuis maintenant dix ans. Cependant, selon la femme, la situation a dégénéré et est maintenant inquiétante.

« Chaque fois qu’on entre travailler, on vit avec la peur qu’il arrive quelque chose de grave. On va perdre un bébé, on va perdre une maman, ou les deux. On a formé plusieurs nouvelles et faute de support, elles sont mises dans des situations qui dépassent leurs expertises, ce qui occasionne des délais d’intervention dans des situations précaires. Faut-il qu’il arrive un malheur pour qu’on nous prenne au sérieux ? On n’arrive pas à soutenir les nouvelles formées, sur sept filles que j’ai formées dernièrement, il y en a une qui a changé de poste et trois qui ont démissionné, belle moyenne », relate l’infirmière.

Selon la femme, seulement pour la semaine du 5 au 12 juillet, il y aurait eu 95 temps supplémentaires sur le département de maternité dont 81 étaient des temps supplémentaires obligatoires (TSO), donc imposés à des infirmières qui ne se sentaient pas aptes à travailler. Sur les 81 temps supplémentaires obligatoires, 49 quarts n’ont pas eu de pauses pour manger.


Anne-Marie, infirmière clinicienne en maternité à l’hôpital Fleurimont depuis sept ans

À la pression de devoir soigner des patientes dans un état de fatigue extrême s’ajoute une déresponsabilisation de la direction, selon la deuxième infirmière à s’avancer au micro. Les rencontres et les demandes à la direction se multiplient, mais les dirigeants demanderaient aux infirmières de trouver elles-mêmes leurs solutions.

« Ce n’est pas à nous de trouver les solutions pour que ça avance, c’est aux gestionnaires. Moi, je suis infirmière et mon travail, c’est de prendre soin des bébés et des mères et de veiller à leur santé. Je suis infirmière, pas gestionnaire. On est épuisées de porter les chapeaux d’infirmière, de gestionnaire ou de réceptionniste parce qu’elle n’est pas là et qu’on doit la remplacer », affirme-t-elle.

Mégane, infirmière en maternité à l’hôpital Fleurimont depuis un an et demi

Pour attirer les nouvelles recrues dans le milieu de santé, il faut que les conditions soient favorables, soutient la nouvelle infirmière.

« Je fais partie de nouvelles recrues sur le département. Les nouvelles arrivées sont souvent laissées à elles-mêmes parce que les infirmières d’expérience sont demandées ailleurs et n’ont pas le temps de nous apporter le soutien dont nous avons besoin. Beaucoup de filles arrivent et sont découragées par les conditions, elles décident de partir. Si on veut attirer de nouvelles recrues, il faut absolument que les conditions changent » soutient-elle.

Stéphanie, infirmière en néonatalogie à l’Hôpital Fleurimont et employée du CIUSSS depuis 18 ans

Pour Stéphanie, le département de néonatalogie prend soin des plus petits futurs citoyens, certains pesant seulement quelques grammes. L’infirmière ne sent plus qu’elle peut honorer cette responsabilité depuis quelque temps.

« Je n’ai jamais vu de toute ma carrière le personnel aussi affaissé qu’en ce moment. Je vous alerte présentement que les soins que vous méritez ne seront plus donnés. Nous ne sommes plus capables de faire nos obligations déontologiques. Oui, ce n’est pas dans un cinéma près de chez vous, c’est dans un hôpital à côté de chez vous. Aujourd’hui je suis là pour vous dire que nous ne sommes pas des robots. Ce que vous nous demandez, c’est inhumain. Ce que ces gens nous demandent, ils ne sont même pas capables de le faire eux-mêmes. Le service de néonatalogie de l’Hôpital Fleurimont ne fonctionne que sur le temps supplémentaire présentement. Il y a rupture de service maintenant. Je demande aujourd’hui aux gens qui sont capables de prendre des décisions de le faire et d’arrêter de se fermer les yeux. Dans votre vie, vous allez avoir tous besoin de nous. Nous vous demandons le respect », martèle l’infirmière.

Marie-Christine, infirmière de nuit au département de néonatalogie depuis mars et employée du CIUSSS depuis 2 ans et demi

Marie-Christine déplore l’absence de qualité de vie qu’amène un poste au département de néonatalogie. En poste seulement depuis mars dernier, elle pense déjà au pire.

« Je songe déjà à quitter le réseau, c’est plate j’aurais jamais pensé ça en devenant infirmière. Les conditions qu’on a sont épouvantables, le stress qu’on vit est épouvantable, ça créé des frictions dans l’équipe, puis le département de néonatalogie c’est une aire ouverte alors les parents voient tout ce qui se passe, c’est difficile d’établir un lien de confiance. C’est difficile de donner des bons soins, exemple on a des bébés de 18 jours même pas lavés », relate la jeune femme.


Marie-Eve, infirmière depuis 13 ans au bloc opératoire de la Haute-Yamaska

Alors que le gouvernement a récemment annoncé un retour à 100 % pour les blocs opératoires à l’automne, la dernière infirmière à s’avancer, qui s’est déplacée de Granby jusqu’à l’hôpital Fleurimont pour témoigner, se dit inquiète.

« On devrait au bloc opératoire de Granby être 24, présentement nous sommes douze. Douze pour faire notre quart de travail régulier, mais aussi des heures de garde­. Dans un bloc opératoire, on doit être disponibles de soir et de nuit, sept jours sur sept, 24 heures sur 24 chacune notre tour. La garde, ça demande un état d’ultra-vigilance. Présentement, pour les gardes, on fait une journée sur trois approximativement. Dans une année, en temps supplémentaire, ça équivaut à peu près à 300 heures. Si on compte qu’on fait 75 heures en deux semaines, c’est deux mois de plus travaillés par année, c’est énorme », soutient l’infirmière.

Chose certaine, l’ensemble des intervenantes s’entend sur une chose: la situation actuelle en est au seuil critique, au point de rupture. Si seulement six femmes ont accepté de témoigner lundi, elles sont des centaines à vivre des situations similaires, « dans un hôpital près de chez vous », soutient le syndicat de la FIQ.


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