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FAIRE DES ENFANTS POUR LES ABUSER IMPUNÉMENT,UN VRAI COMPLOT

par corbeau, mercredi 17 février 2021, 14:22 (il y a 1909 jours) @ corbeau

L’AUTRE ÉPIDÉMIE - FAIRE FACE À L’HORREUR

https://www.lapresse.ca/actualites/enquetes/2021-02-13/l-autre-epidemie/faire-face-a-l-...

Un bébé violenté dont la mère cachait l’existence. Une ado en chute libre… Une équipe de la DPJ à qui l’on confie les premières interventions doit répondre à des situations épouvantables. Nous l’avons suivie durant un mois. Son quotidien est bouleversant.

Publié le 13 février 2021 à 5h00
CAROLINE TOUZIN
LA PRESSE
GABRIELLE DUCHAINE
LA PRESSE

« Celui-là, je vais le sauver. »
Émilie Lainesse vient d’apprendre que Daphnée* est enceinte à nouveau. L’intervenante de la DPJ débarque en trombe dans le bureau de sa patronne pour réclamer de s’occuper du dossier.

Nous sommes en novembre. Depuis deux ans, l’image du premier bébé de Daphnée, le regard vide, les parties génitales meurtries, hante l’intervenante, elle-même mère de famille.

« Quand on l’a trouvée, cette enfant-là, elle n’existait pas dans la société. La mère n’avait pas déclaré sa naissance. C’était un objet sexuel », raconte Mme Lainesse.

La petite – appelons-la Alice – avait presque 2 ans lorsque les autorités ont été alertées en 2018.
Le mal était fait.

Aujourd’hui, à 4 ans, Alice souffre d’un grave trouble de l’attachement. Ses retards de développement sont insurmontables.

« Ce qui excite cette maman, ce sont les 0-5 ans », nous explique l’intervenante de la DPJ en sortant d’un de ses tiroirs le dossier d’Alice, un document aussi épais qu’un dictionnaire.

Émilie Lainesse fait partie de l’équipe Évaluation-orientation abus physiques et sexuels du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. Tous les cas d’enfants victimes d’agressions – ou à risque d’abus – qui surviennent dans les milieux francophones ou allophones de la métropole atterrissent sur ses bureaux.
Ces « pompiers de la DPJ » débarquent en pleine crise. Ils sont 21. Ils sont appelés quand un ado vient de faire une tentative de suicide après avoir été leurré par un abuseur sur l’internet. Ou encore quand un parent est arrêté en possession de pornographie juvénile – ou pire – lorsqu’il a utilisé son enfant pour combler sa déviance. Ce sont eux qui décident si leur cas doit tomber sous le coup de la loi et qui font une divulgation policière le cas échéant.
Dans le cas de Daphnée, l’histoire a débuté en 2018, alors qu’une « photo de première génération » est découverte dans l’ordinateur d’un homme arrêté en possession de pornographie juvénile.
La photo montrait un nouveau-né – complètement nu – couché sur le dos sur une couverture. Elle avait été classée dans le même fichier que des vidéos de porno mettant en scène Daphnée.
Cet homme vivait à l’autre bout du Canada. À l’époque, les enquêteurs spécialisés ignoraient tout de ce bébé. Le poupon ne figurait nulle part dans les banques d’images de la police. D’où le terme « première génération ». Ils ont donc mis toute la gomme pour le retrouver, craignant qu’il ne soit en danger immédiat.
Les policiers ont d’abord retracé Daphnée à Montréal et trouvé du même coup l’identité du bébé sur la photo.
Il s’agissait d’Alice – son propre bébé – qui avait alors presque 2 ans.
Et autre découverte : la jeune maman était sur le point de donner naissance à un deuxième enfant.
« Au départ, les soupçons n’étaient pas dirigés sur Maman. Une femme abuseur, c’est plus rare », raconte l’intervenante de la DPJ.
À l’époque, Daphnée niait – et nie toujours – que le poupon sur la photo est le sien. Elle a envoyé les policiers et la DPJ sur de fausses pistes, se dépeignant comme une victime du cyberprédateur.
Émilie Lainesse n’oubliera jamais le jour où elle est allée retirer Alice du foyer familial. À presque 2 ans, la petite marchait à peine. Elle ne babillait même pas.
L’intervenante l’avait installée dans un siège de bébé à l’arrière de sa voiture. Elle ne pleurait pas. Une fois sur la route, « je n’arrêtais pas de jeter des regards dans mon rétroviseur, se souvient-elle. Je pensais qu’elle était morte tellement son regard était vide. »
Quand l’intervenante a changé sa couche souillée, elle a découvert des parties génitales gravement meurtries.
Dans sa famille d’accueil temporaire, Alice montait par-dessus les autres enfants et mimait des gestes sexuels comme de se coller couche contre la couche.
La négligence était évidente. Mais pour l’abus sexuel – provenant d’une mère –, c’était plus difficile à prouver. Ainsi, au départ, la mère a eu droit à des visites supervisées auprès de sa fille.
Cela a pris plusieurs semaines à la police pour analyser les conversations électroniques entre Daphnée et l’homme arrêté. Dans ces échanges, Daphnée demandait au cyberprédateur de lui trouver des images de jeunes enfants qui se font frapper les parties intimes.
Entre-temps, Daphnée a donné naissance à son second enfant.
Dès que l’intervenante de la DPJ a obtenu la preuve de la police, elle a été envahie d’un grand sentiment d’urgence. Elle s’est rendue au tribunal pour demander un interdit de contact entre la mère et ses deux enfants, dont le nouveau-né.

L’avocat de la mère a émis des réserves.

Il a fallu que je dise : “Si c’était un homme, on n’aurait pas ce débat-là présentement. Pourquoi on le fait avec une femme ? Elle est aussi dangereuse qu’un abuseur homme.”

Émilie Lainesse, intervenante de la DPJ
La maman a passé quelques mois à peine en prison pour les infractions liées à la pornographie juvénile. Elle n’a pas été condamnée pour avoir agressé sexuellement Alice. Manque de preuves.
Elle a officiellement perdu la garde de ses deux enfants. Mais l’histoire ne se termine pas ici.
Alors qu’elle était encore en maison de transition, Daphnée est tombée enceinte à nouveau.

Aucuns remords

Nous sommes de retour dans les bureaux des « pompiers de la DPJ » en novembre dernier.
Le troisième enfant de Daphnée vient de naître. Nouveau bébé, nouveau signalement aux motifs de risque d’agressions sexuelles, de sévices et de négligence.
Il lui est retiré à l’hôpital. Elle a un an pour prouver qu’elle a changé.
Chaque fois, il faut refaire l’évaluation, car la maman a peut-être cheminé dans sa reconnaissance de sa problématique sexuelle.

Émilie Lainesse, intervenante de la DPJ
Il faut aussi évaluer les capacités du père, qui n’est jamais le même.
L’intervenante de la DPJ réalise vite que la mère est toujours « dans les mêmes patterns ». Elle n’éprouve pas de remords.
Son nouveau conjoint et elle veulent se battre en cour pour conserver la garde du nouveau-né. Elle jure qu’elle a « beaucoup cheminé ». Il affirme que « son passé lui appartient ».
Or, le couple fait faux bond à l’intervenante qui doit visiter leur logement en plus de rater un rendez-nous au tribunal.
L’intervenante de la DPJ insiste pour les rencontrer en personne et leur expliquer ses recommandations. Elle compte demander un placement en famille d’accueil pour la prochaine année pour le bébé.
Le couple prétend alors avoir la COVID-19, mais refuse d’aller passer le test. L’intervenante organise une rencontre sur Zoom : le couple se défile à nouveau en prétextant des ennuis de connexion internet.
« Je pense qu’ils ne veulent pas me voir », lâche l’intervenante.

Elle pourrait avoir d’autres enfants

Dans la prochaine année, s’ils veulent avoir une chance de récupérer le bébé, la mère devra d’abord travailler sur sa problématique sexuelle, explique l’intervenante. Et le père doit reconnaître le potentiel de dangerosité de sa conjointe. Car, pour l’instant, il n’est « pas du tout inquiet ».
Au téléphone, le père ne dit rien. Daphnée, elle, répète qu’elle « n’est pas parfaite », mais qu’elle fait « des efforts ». La preuve : lors de ses deux premières grossesses, elle prenait des drogues dures alors que lors de la dernière, elle consommait « seulement » du pot (le dernier bébé est né en état de sevrage, du THC dans le sang).

L’intervenante utilise un vocabulaire simple : « On n’est pas du même avis. C’est correct. On va devoir retourner devant un juge. »

Daphnée est jeune. Elle pourrait avoir d’autres enfants.

Maman a tendance à choisir le même pattern d’hommes. Des hommes isolés, toujours devant leur ordinateur, qui tombent sur une femme avec une sexualité atypique. Tous des hommes fous amoureux d’elle, qu’elle rencontre sur les réseaux sociaux. Elle tombe rapidement enceinte et la relation se termine hâtivement.

Émilie Lainesse, intervenante de la DPJ
Et si Daphnée tombait enceinte dans une autre ville ? Un drapeau rouge se lèvera-t-il ? « Si on apprend qu’elle est enceinte, nous avons un protocole qui nous permet d’aviser la DPJ et les hôpitaux de la région où elle a déménagé, explique l’intervenante de la DPJ. Mais si personne ne nous avertit de sa grossesse, il faut espérer que quelqu’un dans cette ville perçoive le risque et fasse un signalement. »

Les autorités ignorent si les images d’Alice circulent toujours dans les réseaux de pédophiles sur l’internet. Mais chose certaine, elles sont imprimées à vie dans la tête de l’intervenante de la DPJ.
« Ce sont des bébés. Ils ne peuvent pas parler pour demander de l’aide. Ça vient me chercher », dit celle qui fait ce travail depuis cinq ans.

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