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CV Didier Raoult

par Ilium, lundi 28 septembre 2020, 13:02 (il y a 2051 jours) @ StGermainEnLaie

Raoult vs Einstein

Dans une récente enquête de Médiapart, une chercheure faisant partie du comité d’évaluation du laboratoire du Dr Raoult, avait confié au journaliste ne pas s’être laissée impressionner : « Ce qui m’a marqué, raconte-t-elle, c’est l’obsession de Didier Raoult pour ses publications. Quelques minutes avant que ne commence l’évaluation de son unité, c’est d’ailleurs la première chose qu’il m’a montrée sur son ordinateur, son facteur h. »

Le Dr Raoult avait lui-même affirmé en 2015 dans le magazine Le Point qu’il fallait « compter le nombre et l’impact des publications des chercheurs pour évaluer la qualité de leur travail ». Examinons donc le fameux « facteur h » du Dr Raoult et regardons comment il se compare, disons, avec celui d’un chercheur qui est communément considéré comme le plus grand savant du dernier siècle : Albert Einstein.

Dans la base de données Web of Science (WoS), Didier Raoult compte 2053 articles publiés entre 1979 et 2018, ayant reçu un total de 72 847 citations. Son indice h calculé à partir de ces deux données est de 120. On sait cependant que la valeur de l’indice h peut être gonflée artificiellement grâce aux citations faites par un auteur à ses propres articles, ce que l’on appelle des autocitations. Or, le WoS indique que parmi les citations totales attribuées aux articles co-signés par Didier Raoult, 18 145 proviennent d’articles dont il est légalement cosignataire, ce qui équivaut à un taux d’autocitations de 25 %. En ignorant ces autocitations, l’indice h de Raoult baisse de 13 % à une valeur de 104.

Intéressons-nous maintenant au cas d’Albert Einstein. Ce dernier compte 147 articles recensés par le WoS entre 1901 et 1955, année de son décès, pour un total de 1564 citations reçues de son vivant. Sur ces 1564 citations, seules 27, soit un maigre 1,7 %, sont des autocitations. Si l’on rajoute les citations faites à ses articles après son décès, Einstein a reçu un total de 28 404 citations entre 1901 et 2019. À partir de ces données de publications et de citations, Einstein obtient un indice h de 56.

Si l’on doit se fier à la mesure dite « objective » de l’indice h, on est alors forcé de conclure que les travaux de Didier Raoult, avec son indice corrigé de 104, ont un impact et une portée scientifiques deux fois plus importants que ceux du père du photon, des relativités restreinte et générale, de la condensation Bose-Einstein et du phénomène de l’émission stimulée à l’origine des lasers. Peut-être vaudrait-il mieux en conclure, comme suggéré plus haut, que l’indicateur est tout simplement bidon ?

Notons également la différence importante du nombre de citations totales reçues par chacun des chercheurs au cours de leur carrière. Ils ont évidemment été actifs à des périodes très différentes, la taille des communautés scientifiques, et donc le nombre de potentiels auteurs citant, s’étant considérablement accru au cours du dernier demi-siècle. Il faut aussi tenir compte des différences disciplinaires et des pratiques de collaboration. Par exemple, la physique théorique compte beaucoup moins de contributeurs que la microbiologie, de même que le nombre de co-auteurs par article y est plus petit, ce qui influe sur la « productivité » et la mesure de l’impact des chercheurs et rend l’usage comparatif de l’indice h plus que problématique.

Enfin, il est important de noter que l’énoncé : « L’indice h de la personne P est de X », n’a en fait aucune signification, car la valeur de l’indice dépend du contenu de la base de données utilisée. Il faut plutôt dire « L’indice h de la personne P est de X, dans la base de données Z ». Ainsi, selon la base de données WoS, qui ne contient que des revues considérées comme sérieuses et assez visibles dans le champ scientifique, l’indice h de Didier Raoult est de 120. Par contre dans la base de données gratuite et donc facilement accessible de Google Scholar, qui contient toutes sortes de documents hétérogènes, y compris des documents « pdf » déposés sur divers sites Internet, ce même indice h — repris par la plupart des médias — monte à 179.

Le fétichisme d’un chiffre

La communauté scientifique voue un véritable culte à l’indice h. Et ce fétichisme pour un simple chiffre peut avoir des conséquences néfastes pour la recherche scientifique. La France, par exemple, utilise le Système d’interrogation, de gestion et d’analyse des publications scientifiques (SIGAPS) pour octroyer des fonds de recherches à ses laboratoires de sciences biomédicales, sur la base du nombre d’articles qu’ils publient dans les revues dites « à fort facteur d’impact ». Comme le rapporte Le Parisien, le rythme frénétique de publications du Dr Raoult permet à son institution de rattachement d’engranger entre 3 600 et 14 400 euros par an, pour chaque article publié par son équipe.

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